
L’intérêt pour l’entraînement basé sur le cycle menstruel a explosé dans les dernières années. Plusieurs athlètes rapportent ressentir des variations de performance selon les phases du cycle.
Mais que dit réellement la science ?
1. Une perception bien réelle chez les sportives
Entre 50 et 71 % des sportives rapportent une variation de performance à l’entraînement, et près de la moitié en compétition. (Findlay et al., 2020)
Les périodes perçues comme plus difficiles sont souvent à la fin de la phase lutéale et au début de la phase folliculaire (autour des menstruations).
Ces moments coïncident fréquemment avec des symptômes prémenstruels tels que :
- fatigue
- crampes
- troubles du sommeil
- fluctuations de l’humeur
Il est donc plausible que la perception de performance soit influencée par ces inconforts. (Carmichael et al., 2021)
2. Ce que montrent les études scientifiques
La littérature demeure hétérogène. Certaines études ne démontrent aucun effet significatif du cycle sur la performance. D’autres observent de légères variations, notamment :
- légère diminution de la force et de la performance aérobie en fin de phase lutéale
- légère diminution de la performance anaérobie en phase folliculaire
- possible augmentation de la force en fin de phase folliculaire
Cependant :
- les effets sont généralement modestes
- les méthodologies varient
- le niveau de preuve reste limité
👉 Conclusion : il existe des tendances, mais pas de règle universelle.
3. Risque de blessure et ovulation
Les femmes présentent un risque de blessure du ligament croisé antérieur jusqu’à cinq fois plus élevé que les hommes. (Martínez-Fortuny et al., 2023)
Certaines données suggèrent que l’ovulation pourrait être une période plus à risque en raison d’une augmentation de la laxité ligamentaire liée au pic d’œstrogène. (Pitchers & Elliot-Sale, 2019).
Cela peut être particulièrement pertinent dans les sports comportant des sauts, des pivots et des changements de direction rapides.
4. Ce que rappelle l’actualité récente
En 2026, la patineuse artistique Amber Glenn a relancé le débat en évoquant l’impact possible de son cycle menstruel sur sa performance olympique.
Des experts québécois ont rappelé des points importants :
- l’impact du cycle varie grandement d’une athlète à l’autre
- moins de 10 % des études en sciences du sport ciblent exclusivement les femmes
- la littérature actuelle ne supporte pas l’ajustement systématique de l’entraînement selon le cycle
Actuellement, il est donc recommandé de privilégier une approche individualisée.
5. La clé : individualiser
Le cycle menstruel varie :
- d’une femme à l’autre
- au cours de la vie
- selon le stress
- selon la disponibilité énergétique
- selon la présence de symptômes
La meilleure approche clinique :
✔ suivre le cycle
✔ noter les symptômes
✔ observer les tendances personnelles
✔ ajuster si pertinent
Certaines athlètes pourront très bien suivre une périodisation traditionnelle.
Conclusion
Adapter l’entraînement au cycle menstruel peut être pertinent chez certaines athlètes, mais uniquement dans une perspective individualisée. À l’heure actuelle, la science ne supporte pas une approche universelle basée uniquement sur les phases du cycle. L’objectif n’est pas de limiter la performance féminine, mais de mieux la comprendre pour optimiser la santé, la récupération et la performance.
Références:
Carmichael, M. A., Thomson, R. L., Moran, L. J., & Wycherley, T. P. (2021). The impact of menstrual cycle phase on athletes’ performance: a narrative review. International journal of environmental research and public health, 18(4), 1667.
Findlay, R. J., Macrae, E. H., Whyte, I. Y., Easton, C., & Forrest, L. J. (2020). How the menstrual cycle and menstruation affect sporting performance: experiences and perceptions of elite female rugby players. British journal of sports medicine, 54(18), 1108-1113.
Martínez-Fortuny, N., Alonso-Calvete, A., Da Cuña-Carrera, I., & Abalo-Núñez, R. (2023). Menstrual Cycle and Sport Injuries: A Systematic Review. International journal of environmental research and public health, 20(4), 3264.
Pitchers, G., & Elliot-Sale, K. (2019). Considerations for coaches training female athletes. Prof Strength Cond, 55, 19-30.
